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lundi 19 septembre 2016

Sophismes




L’Éducation Nationale en aucun cas, n’utilise de données probantes pour ses orientations pédagogiques. Peu lui importent les nombreuses études montrant quelles méthodes favorisent de meilleurs apprentissages. Elle s’appuie sur des principes idéologiques pour définir les actions pédagogiques qu’elle va encourager. Elle utilise un raisonnement simpliste consistant à croire par exemple, qu’en supprimant les notes, les élèves auront une meilleure estime de soi et leur niveau s’améliorera. Les exemples, on va le voir ci-dessous, sont légions. Les membres de la hiérarchie enseignante, les formateurs sont aguerris à la pratique des sophismes, voire des syllogismes non concluants qui constituent l’élément essentiel de leur argumentaire. 

Ainsi : 
·        On enseigne l’orthographe, la grammaire et la conjugaison. Malgré tout, les élèves sont mauvais en expression écrite. Donc, supprimons l’enseignement de l’orthographe, de la grammaire et de la conjugaison.

·        On enseigne le calcul. Malgré tout, les élèves sont faibles en problèmes. Par conséquent, supprimons l’enseignement du calcul.

·        Les élèves suivent un enseignement de l’orthographe. Néanmoins, ils échouent en dictée. Il faut donc supprimer la dictée (et l’enseignement de l’orthographe).

·        Nous parlons français. Par conséquent, toutes les activités scolaires relèvent de cet enseignement. Il n’est donc pas nécessaire de l’enseigner systématiquement.

·        La plupart des informations sont accessibles sur Internet. Il n’est donc plus utile d’enseigner les faits.  
Des vieilles lunes en faveur de la suppression des enseignements disciplinaires systématiques.

·        Certains élèves redoublent. Ils ont un mauvais niveau. Le redoublement nuit au niveau scolaire.
Tout l’art de prétendre se soucier du niveau des élèves alors qu’il ne s’agjt que de considérations financières relatives au coût du redoublement. Par ailleurs, faire passer en classe supérieure des élèves n’en ayant pas le niveau leur permet-il de s’améliorer ?

·        Les élèves faibles ont des mauvaises notes. Les mauvaises notes dégradent l’estime de soi. Il faut donc supprimer les mauvaises notes.
Tout l’art de prétendre se soucier du bien-être des élèves alors qu’il s’agit simplement de niveler par le bas.

·        Pointer les erreurs est une pratique courante. Pointer les erreurs s’adresse à l’élève qui en est l’auteur et le stigmatise. Il ne faut plus pointer l’erreur.
Il s’agit de niveler par le bas, de ne pas désigner les bons et les moins bons élèves, de ne pas susciter d’émulation. Scolairement, aucune individualité n’a le droit d’exister, tous les élèves doivent réussir de manière identique.

·        En lecture, on apprend à déchiffrer les mots. Déchiffrer les mots n’enseigne pas le sens. Il faut donc éviter le déchiffrage pour apprendre à lire.
Voilà un syllogisme qui justifie depuis des décennies l’utilisation des méthodes globale ou semi-globale, naturelle.

 Les lecteurs experts lisent rapidement. Il faut donc enseigner la rapidité en lecture. 
Gros succès chez les constructivistes : confondre experts et apprentis. Obtenir des experts sans passer par  le stade laborieux de l'apprentissage.Ce fut la mode dans les années 90, des séances de lecture rapide, à des élèves qui ne maîtrisaient même pas le déchiffrage. Résultat, des non lecteurs qui dès le début prenaient de mauvaises habitudes de balayage rapide des mots. 


·        Tout seul, le jeune enfant apprend à parler, à marcher, à reconnaître les visages. Il en sera de même pour les apprentissages scolaires qui se feront naturellement.
Voici le credo du constructivisme, en complète opposition avec ce que l’on sait des apprentissages : les apprentissages primaires (naturels) se font naturellement et les apprentissages secondaires (culturels) se font par le biais de tiers par transmission directe. 

·        Les méthodes de lecture en vigueur sont efficaces. Si l’élève n’apprend pas à lire, alors il est malade, cela s’appelle la dyslexie.
Face au déni de réalité on invente la médicalisation de l’échec scolaire. Et l’on crée un slogan : si l’élève n’a pas appris, alors il est malade.  Car il est inconcevable de mettre en doute les méthodes d’enseignement préconisées.

·        Mémoriser des faits ne permet pas de comprendre. Mémoriser des faits abêtit.
Là, il n’y a ni sophisme ni syllogisme, ce serait plutôt un axiome reposant sur une peur panique de la mémoire. Cela révèle une complète méconnaissance de la structure cognitive et des processus entrant en jeu dans ce qu’on appelle la compréhension.

Ces quelques exemples permettront de se faire une idée du niveau argumentaire. Le drame dans l’histoire est que la formation repose sur ce type d'élément et véhicule des informations erronées. Or, comme l’écrit si bien Michel Onfray, « une erreur répétée dix fois, cent fois, mille fois devient vérité quand elle est proférée par des officiels, par des institutions. Un mensonge pieux passe alors pour une certitude définitive. » Michel ONFRAY (Les sagesses antiques)





mercredi 31 août 2016

Bonne R... aux enseignants



Alors que les médias peaufinent leurs marronniers de rentrée scolaire, que les publicités vantent les mérites d’un stylo magique ou autre cartable indispensable à l’avenir des écoliers, et que la ministre de l’Éducation Nationale promeut Collège 2016 au nom de « l’intérêt des enfants », je reste zen. Cette année, j’observe cela avec le recul de l’enseignante passée désormais en mode contemplatif. Et Dieu que cela est agréable, je ne vais pas bouder mon plaisir. 

Néanmoins, j’ai une pensée pour celles et ceux qui vont continuer à faire tourner la boutique envers et contre tous, en dépit des réformes en cours, à la fois ineptes, chronophages, et inefficaces. En dépit des obstacles, qu’ils émanent d’une administration tatillonne et bureaucratique, de collectivités locales non motivées ou de parents devenus conseillers en pédagogie.  Ceux que je connais personnellement et les autres. Ceux du secondaire également, qui devront mettre en place l’une des réformes les plus saugrenues qu’il nous a été donné de connaître. 

Si l’édifice Éducation Nationale ne s’est pas encore totalement écroulé, c’est bien grâce à eux, qui doivent quotidiennement franchir les embûches sans aucune reconnaissance. Reconnaissance, le mot est lâché. Les enseignants souffrent d’un manque notoire de reconnaissance, sociale, économique, professionnelle. La plus importante est la professionnelle, de laquelle devrait découler un salaire approprié et par suite une reconnaissance sociale. Or, il n’en est rien. L’enseignant n’est pas reconnu comme un véritable professionnel, ni par sa hiérarchie, ni par les parents d’élèves dont l’avis pédagogique est prépondérant.  La pénibilité du métier est soigneusement passée sous silence par les médias et pourtant les burn out sont courants dans ce métier qui bien souvent, en secondaire et dans certaines écoles primaires, ne consiste plus à enseigner mais à « gérer des comportements ».

L’école, qui revendique la bienveillance comme vertu cardinale, se contente de pompeux discours qui ne dupent plus grand monde aujourd’hui. Dans les actes, elle dessert l’intérêt des élèves et méprise complètement son personnel enseignant. 

Alors, aujourd’hui, j’ai une pensée pour tous ces enseignants qui, en dépit des circonstances, maintiennent un édifice chancelant, mais à quel prix et pour combien de temps encore ?