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lundi 12 août 2013

L'efficacité, une affaire de méthode

J’ai entendu récemment ceci à propos d'efficacité  : « Ce qui est le plus important ce sont les contenus que l’on enseigne. Quant à la méthode, il suffit qu’elle convienne à l’enseignant, c’est une affaire personnelle. » Autrement dit, l’efficacité de l’enseignement reposerait sur la constitution de contenus et aucunement sur la manière dont ils sont transmis. Il suffirait donc de concocter un « bon » programme et l’efficacité serait au rendez-vous.

Si les choses étaient aussi simples, le niveau des élèves ne serait pas aussi catastrophique. Le contenu des programmes, aussi critiquable soit-il depuis quelques décennies, n’aurait jamais à lui seul obtenu les résultats que l’on connaît. Toutes les notions inscrites dans les programmes, aussi légères puissent-elles sembler pour certains, seraient acquises. Or ce n’est même pas le cas. La lecture courante est au programme depuis des années et les résultats en la matière ne sont pas au rendez-vous. Un certain nombre de connaissances de la langue ou des mathématiques sont au programme, et de nombreux élèves ne les maîtrisent toujours pas.

L’argument nie l’importance des méthodes pédagogiques dans la recherche d’efficacité à l’exception de celles qui seraient une création propre de l’enseignant et qui siéraient à sa personne. La contradiction est de taille. Le fait d’associer l’efficacité aux contenus seuls est une façon de rejeter les données probantes en matière d’action pédagogique. Une façon de nier les preuves comme par exemple, celles montrant qu’un enseignement direct explicite et structuré est une approche plus efficace qu’un enseignement peu guidé tel que celui dit par découverte. Ou bien celles, de nature cognitive, nous montrant qu’il faut aborder les notions de manière progressive et que l’accès direct à la complexité ne permet pas d’apprendre efficacement. En matière d’action pédagogique, ce qui compte, ce n’est pas le bien-être de l’enseignant dans sa façon de faire et d’organiser sa classe, ni même le bonheur des élèves réunis autour d’un maître qu’ils adoreraient mais le rapport aux résultats. Aujourd’hui, nous avons les moyens de savoir quelles actions favorisent les apprentissages. Alors, pourquoi se priver de les utiliser ?  

Force est de constater la persistance de cette idée fausse expliquant qu’il suffit que l’enseignant soit bien dans sa classe et dans sa façon de faire pour agir efficacement. Cela part d’un constat bien réel : on enseigne mieux quand on est bien dans sa méthode. Mais de là à en conclure qu’il suffit d’être bien pour être efficace, le raccourci, aussi séduisant soit-il, est abusif. C’est ainsi que naissent les mythes.

L’efficacité n’est pas un jugement. Il existe aujourd’hui des moyens de mesure de l’efficacité de l’acte pédagogique et certaines méthodes sont avérées plus efficaces que d’autres. L’enseignement explicite en fait partie, même s’il n’en a pas l’exclusivité et que la recherche continue. Ainsi, le dernier rapport de l’IGEN décrit les caractéristiques d’une séquence d’enseignement efficace. Ce sont celles de l’enseignement explicite.  

Croire que l’enseignant sera meilleur s’il réinvente tout et se concocte une méthode pédagogique personnelle est un mythe dont les élèves ont souvent fait les frais. L’acte d’enseigner est un acte professionnel et repose sur des données tangibles, ce n’est pas une recette secrète qui se transmettrait jalousement de mère en fille, ni le fruit d’une inspiration, d’une personnalité hors du commun ou d’une vocation quelconque. Si l’on veut que plus d’élèves réussissent, il faut utiliser des méthodes portant leurs fruits. Ces méthodes sont connues, ont été observées, sont mises en pratique et sont sans aucun danger. Alors, plutôt que de les diaboliser, pourquoi ne pas s’y pencher et les mettre en pratique ? Tant que ce ne sera pas le cas, les programmes, quels qu’ils soient, ne seront rien d’autre que du blabla.



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