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lundi 26 août 2013

Une rentrée explicite

Les enseignants commencent à préparer leurs cartables pour la rentrée. C’est pourquoi je propose aujourd’hui un vade-mecum  pour celles et ceux qui sont tentés par l’expérience explicite.

Changer de pédagogie est une expérience très intéressante dès lors que l’on ne craint pas de remettre en question nombre de principes inculqués par la formation. Cette « prédisposition de l’esprit » est indispensable. Choisir la pédagogie explicite implique donc d’oublier ce que l’on tenait pour vrai sans trop savoir pourquoi et acquérir un nouveau réflexe consistant à n’utiliser que des actions pédagogiques dont l’efficacité a été montrée.

* Tout d’abord, il faut avoir envie du changement, en éprouver la nécessité. Il ne sert à rien de tenter un changement sans conviction. Nous jouissons de la liberté pédagogique et sommes donc libres de nos actions. Nous passons beaucoup de temps en classe, il faut donc que la façon de faire nous convienne. Quelles sont donc les raisons qui peuvent pousser un enseignant à utiliser la pédagogie explicite ? En voici quelques-unes.




* Quelles sont les caractéristiques de l’enseignement explicite ? Si les aspects évoqués dans le clip qui suit vous agréent, alors vous pouvez passer à la suite.



* Comment faire ? 
Il est très important de mettre en place d’abord une bonne gestion de classe qui va installer les conditions idéales pour une bonne gestion de la matière. Cela concerne les règles de classe, la gestion des problèmes, l’interaction avec les élèves et la gestion du temps. Une bonne gestion de classe évite les comportements perturbateurs et améliore l’efficacité .Pour en savoir plus sur la gestion de classe voir ici.

Pour la gestion des apprentissages, il faut tout d’abord savoir de quelle manière faire une leçon. Le schéma ci-dessous vous en montre l’architecture.

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    Pour en savoir plus se reporter au texte très complet de Rosenshine ici.

    Et si vous avez encore des questions, reportez-vous ;
    - aux 10 posts précédemment publiés à partir du  5 avril  2013 sur ce blog même,
    - à la page Questions fréquentes du site Form@PEx.

    Enfin, ce dernier clip pour se faire une idée de ce que peut être un enseignant efficace.

    video


    Bonne rentrée et bonne année scolaire avec l'Enseignement Explicite








lundi 19 août 2013

L'enseignement sous X


La communication sur Internet suscite des attitudes désinhibées et agressives : on s’y permet des excès de langage que l’on n’oserait jamais de vive voix. Cette métamorphose transforme le tranquille et affable citoyen lambda en pire des malotrus sur la toile, protégé par un anonymat libérateur. Ou le pouvoir des pseudos. C’est après avoir passé un long moment à inventorier des sites d’enseignants que la question de l’anonymat m’est apparue.

En effet, il existe sur la toile des centaines de sites ou blogs d’enseignants, de qualité inégale certes, mais qui sont là pour partager des ressources. J’ai bien été incapable de les recenser tous mais une chose est sûre : on compte sur les doigts d’une seule main ceux qui ne publient pas sous X. Les auteurs avancent masqués. Cela pose un certain nombre de problèmes. On est en droit de se demander pour quelle raison les auteurs se cachent et si leurs intentions sont louables. Leur viendrait-il à l’idée d’organiser une réunion pédagogique dans laquelle ils viendraient masqués ? Et quel crédit accorder à quelqu’un qui ne dit pas son nom ?

Je comprendrais l’anonymat si les thèmes étaient par essence sensibles et que les auteurs redoutent les conséquences de leurs opinions dans la vie réelle. Mais ce n’est pas le cas : les auteurs de la Classe des Bisounours ou de Maîtresse Cancoillotte, de toute évidence, ne courent aucun risque : ils proposent gratuitement des outils pour aider les enseignants et ne véhiculent aucune espèce d’idée non conforme en matière pédagogique. Sur ces mêmes espaces, la grande majorité des commentateurs également écrivent sous pseudo. Ce qui, dès que le sujet devient « sensible » (et le seuil est vite atteint en pédagogie), libère les pires instincts.

À côté de ces sites ou blogs, il y a les espaces dédiés à la discussion. En ces lieux aussi, l’anonymat des commentateurs est majoritaire[1]. Là, il s’explique mieux : il donne du courage au  timide, lui permettant d’écrire ce que jamais il n’oserait dire à haute voix. Pour lui c’est sans doute bénéfique, il libère sa parole sans en avoir le retour de manivelle. Enfin, en principe, car les propos diffamatoires, même sous x, sont susceptibles de poursuites. Bien évidemment, cela contamine durement les échanges (voir loi de Godwin et reductio ad hitlerum) et ces espaces deviennent des cibles idéales pour les trolls et autres « flameurs ». Pour avoir en d’autres temps fréquenté ces espaces, je sais maintenant que rien de positif ni de constructif n’en sort jamais. Par contre, ils répandent volontiers des rumeurs, se complaisent dans l’insulte, le dénigrement ad hominem et autres joyeusetés.

Internet peut être un outil extraordinaire. Il est important de comprendre  que dès lors, que les intentions ne sont pas nuisibles mais constructives, il n’est pas nécessaire de se cacher ; la cause de l’enseignement a tout à y gagner. Quant aux anonymes qui injurient et diffament publiquement sur des espaces de discussion, sous le prétexte fallacieux de liberté d’expression, il faut je crois, les tenir pour ce qu’ils sont, des pleutres malfaisants.

Pour la petite (très petite) histoire, si l’anonymat est très répandu sur la toile, il existe aussi dans la vraie vie : j’ai été surprise de constater que la Librairie des écoles édite des manuels écrits par une « réunion de professeurs et d’orthophonistes ». Je comprends que d’aucuns n’aient pas envie de voir leurs noms associés à cet éditeur dont on connaît les accointances avec SOS Éducation, mais il eut été plus élégant dans ce cas d’utiliser un pseudo collectif !

Internet est une pépinière de paradoxes. Les mêmes qui s’y cachent ont aussi plaisir à s’y exhiber. Anonymat dans les blogs et mise en scène de sa propre personne sur les réseaux sociaux dans une représentation qu’ils espèrent porteuse de « célébrité ». L’anonymat sur Internet fait couler beaucoup d’encre ; il est difficile de trancher en faveur ou contre, en particulier en raison des questions de respect de la vie privée, et de fichage, mais il ne faut pas non plus développer une phobie aveugle. La généralisation de l’anonymat est bien souvent excessive. Une astuce pour rester serein en communicant sous son nom sur la toile : n’écrire que ce que l’on serait capable de dire de vive voix aux personnes concernées.





[1] . Selon la thèse de Frank Mungeam, sur une base de 500 commentaires, seulement 4% sont signés du patronyme réel de leur auteur.

lundi 12 août 2013

L'efficacité, une affaire de méthode

J’ai entendu récemment ceci à propos d'efficacité  : « Ce qui est le plus important ce sont les contenus que l’on enseigne. Quant à la méthode, il suffit qu’elle convienne à l’enseignant, c’est une affaire personnelle. » Autrement dit, l’efficacité de l’enseignement reposerait sur la constitution de contenus et aucunement sur la manière dont ils sont transmis. Il suffirait donc de concocter un « bon » programme et l’efficacité serait au rendez-vous.

Si les choses étaient aussi simples, le niveau des élèves ne serait pas aussi catastrophique. Le contenu des programmes, aussi critiquable soit-il depuis quelques décennies, n’aurait jamais à lui seul obtenu les résultats que l’on connaît. Toutes les notions inscrites dans les programmes, aussi légères puissent-elles sembler pour certains, seraient acquises. Or ce n’est même pas le cas. La lecture courante est au programme depuis des années et les résultats en la matière ne sont pas au rendez-vous. Un certain nombre de connaissances de la langue ou des mathématiques sont au programme, et de nombreux élèves ne les maîtrisent toujours pas.

L’argument nie l’importance des méthodes pédagogiques dans la recherche d’efficacité à l’exception de celles qui seraient une création propre de l’enseignant et qui siéraient à sa personne. La contradiction est de taille. Le fait d’associer l’efficacité aux contenus seuls est une façon de rejeter les données probantes en matière d’action pédagogique. Une façon de nier les preuves comme par exemple, celles montrant qu’un enseignement direct explicite et structuré est une approche plus efficace qu’un enseignement peu guidé tel que celui dit par découverte. Ou bien celles, de nature cognitive, nous montrant qu’il faut aborder les notions de manière progressive et que l’accès direct à la complexité ne permet pas d’apprendre efficacement. En matière d’action pédagogique, ce qui compte, ce n’est pas le bien-être de l’enseignant dans sa façon de faire et d’organiser sa classe, ni même le bonheur des élèves réunis autour d’un maître qu’ils adoreraient mais le rapport aux résultats. Aujourd’hui, nous avons les moyens de savoir quelles actions favorisent les apprentissages. Alors, pourquoi se priver de les utiliser ?  

Force est de constater la persistance de cette idée fausse expliquant qu’il suffit que l’enseignant soit bien dans sa classe et dans sa façon de faire pour agir efficacement. Cela part d’un constat bien réel : on enseigne mieux quand on est bien dans sa méthode. Mais de là à en conclure qu’il suffit d’être bien pour être efficace, le raccourci, aussi séduisant soit-il, est abusif. C’est ainsi que naissent les mythes.

L’efficacité n’est pas un jugement. Il existe aujourd’hui des moyens de mesure de l’efficacité de l’acte pédagogique et certaines méthodes sont avérées plus efficaces que d’autres. L’enseignement explicite en fait partie, même s’il n’en a pas l’exclusivité et que la recherche continue. Ainsi, le dernier rapport de l’IGEN décrit les caractéristiques d’une séquence d’enseignement efficace. Ce sont celles de l’enseignement explicite.  

Croire que l’enseignant sera meilleur s’il réinvente tout et se concocte une méthode pédagogique personnelle est un mythe dont les élèves ont souvent fait les frais. L’acte d’enseigner est un acte professionnel et repose sur des données tangibles, ce n’est pas une recette secrète qui se transmettrait jalousement de mère en fille, ni le fruit d’une inspiration, d’une personnalité hors du commun ou d’une vocation quelconque. Si l’on veut que plus d’élèves réussissent, il faut utiliser des méthodes portant leurs fruits. Ces méthodes sont connues, ont été observées, sont mises en pratique et sont sans aucun danger. Alors, plutôt que de les diaboliser, pourquoi ne pas s’y pencher et les mettre en pratique ? Tant que ce ne sera pas le cas, les programmes, quels qu’ils soient, ne seront rien d’autre que du blabla.